La réalité virtuelle est elle l’avenir de la chirurgie

le 23 novembre 2018

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Pascal Sellier

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«L’Usine digitale » a publié le 23 novembre dernier l’information suivante :

 

La start-up canadienne @Precision OS Technology a annoncé le 15 novembre 2018 une levée de fonds de 2,3 millions de dollars. Ces fonds vont lui permettre de continuer à développer son offre de formation médicale en #réalité virtuelle. Cette levée de série A est menée par AO Invest, une émanation de la @Fondation AO, une association suisse à but non lucratif dédiée à l’orthopédie.

@Precision OS se concentre justement sur la simulation de chirurgie orthopédique. Son application permet aux chirurgiens de pratiquer des opérations virtuelles dans un bloc reproduit de la façon la plus réaliste possible, puis d’obtenir des notes sur leur technique. La jeune pousse a été fondée en 2017 à Vancouver par le Dr. Daniel P. Goel (CEO), chirurgien orthopédiste, ainsi que par Colin O’Connor (CTO) et Roberto Oliveira (CCO), deux vétérans de l’industrie logicielle et vidéoludique.

 

Le marché de la formation médicale en #réalité virtuelle (VR) explose depuis deux ans, notamment autour de la chirurgie. On peut citer notamment Osso VR, FundamentalVR, ou encore le Français VirtualiSurg. La raison en est simple : la possibilité pour les chirurgiens de s’entraîner à volonté en conditions réelles sans enjeux et à moindre coût est une révolution. Leur apprentissage est aujourd’hui limité par le nombre de cadavres disponibles (même lorsqu’il s’agit de mannequins, ces derniers sont coûteux et complexes à produire), ce qui peut conduire à des lacunes.

 

UN OUTIL DE PLANIFICATION PRÉOPÉRATOIRE

Outre la formation initiale, la VR permet aussi aux praticiens expérimentés de rafraîchir leurs connaissances avant une intervention peu courante. La prochaine étape pour Precision OS est d’ailleurs de développer un outil de planification préopératoire qui permettra aux chirurgiens d’introduire des images médicales correspondant à l’anatomie spécifique d’un patient dans le logiciel avant de lancer une procédure.

 

Cette capacité à lever des fonds importants prouveraient s’il en était besoin, l’importance de l’expérience dans les nombreux actes où la chirurgie est irremplaçable. Je ne me permettrais pas ici de parler d’éthique mais d’efficacité et de résultats pour les patients, encore moins d’un classement déjà envisagé -et de nouveau d’actualité- des professionnels de santé.

En chirurgie, il serait cependant faux de nier que les résultats sont très dépendants de l’intervenant. Tout récemment par exemple, dans le cadre de la lutte contre la stérilité des couples, l’exploration de la fertilité féminine et de la perméabilité tubaire en un seul examen s’est révélée être presque totalement « opérateur-dépendant » pour éviter tout risque de faux positifs ou de faux négatifs. Qu’on le regrette ou non, notre société de 2018 n’accepte plus qu’une même intervention, pour la même pathologie, puisse être inégalement réussie (euphémisme…). Sans compter que cette situation crée une inégalité rarement avouée. Les patients qui ont les moyens, ou les relations, se déplaceront vers le centre de soins le plus réputé, vers le praticien reconnu par ses pairs comme le plus « performant ».

 

L’apprentissage est souvent extrêmement long, par tuilage ou compagnonnage sous l’autorité d’un professeur lui-même parfaitement formé. Ce que préconise souvent les fabricants de dispositifs médicaux.

L’énorme avantage de la réalité virtuelle (l’oxymore est ici très parlant) en chirurgie est qu’elle permet de répéter presque inlassablement le geste jusqu’à ce qu’il soit efficace, sans danger et le plus bref possible. Le tout sans épuiser le stock de -rares- cadavres (qui ne servent qu’un fois), de mannequins coûteux ou…la patience de professeurs dont les internes disent souvent que ce n’est pas, avec l’humilité, la qualité première. On peut sourire comme je viens de le faire, mais il s’agit d’un vrai sujet de réflexion, dans tous les domaines de la médecine et pas seulement la chirurgie. Sujet d’autant plus sensible que la réalité virtuelle devra traiter de tous les cas de figure, du patient jeune et en pleine forme jusqu’au sujet fragile, au métabolisme parfois très particulier, pour des raisons génétiques ou pathologiques. Et là l’intelligence artificielle pointe le bout de son électron. L’appareil sera-t-il capable un jour de reproduire le bon geste au bon moment ?

Ceci est une autre histoire… Nous y reviendrons.

Pascal Sellier